INTERVIEW // GUTS OF DARKNESS

 
Mina Sang est une artiste franco-belge, campée sur le Plateau de Millevaches, qui produit une musique à la fois inquiétante et vive, à mi-chemin entre l’electro et la chanson. « Dans la nuit », son très bon premier disque paru en 2021, est une sorte de méditation cosmique sous les boules à facettes.

1. Bonjour ! Peux-tu nous expliquer d'où vient le nom "Mina Sang" et te présenter "succinctement" ?Screenshot 2020 07 09 Mina Sang mina sang Photos et vidéos Instagram

Mina, ça vient de Mina Loy, une poétesse anglaise (« Ô enfer », Manifeste féministe, 1914) qui fut aussi la compagne d'Arthur Cravan, le poète-boxeur. Et « Sang » pour le caractère polysémique du mot : en français, le sang, le corps, la vie ; en allemand, la chanson ; ou en anglais, Mina « a chanté » ! Un nom bizarre qui s'est présenté à moi et qui m'a d'abord effrayée, mais que j'ai finalement adopté comme une évidence. Sinon, j'ai grandi en Belgique, dans les Ardennes. J'ai toujours fait de la musique, du piano, de l'accordéon chromatique et du chant lyrique, mais aussi plein d'autres choses : de la sculpture, de l'agriculture, lire et étudier le Tarot de Marseille ou conduire des poids lourds.

2. Pourquoi faire de la musique plutôt que rien ?

Je voulais savoir tout faire pour pouvoir m'affranchir de toute dépendance. Mais un jour, je me suis dit que si j'avais expérimenté beaucoup de choses, je n'avais pourtant rien accompli, rien donné au monde qui me soit propre et qui me tienne à cœur, quelque chose qu'il fallait absolument faire avant de disparaître. Je savais au fond de moi que j'avais toujours rêvé de chanter mes propres chansons. J'avais des choses à dire et en chantant, c'est plus marrant. Alors j'ai composé mon premier titre, « Incorporée », qui est venu marquer le début de l'aventure. Aujourd'hui, Mina Sang, c'est de la musique electro pétillante, pour méditer ou pour danser.

 

3. Il est entendu que « Dans la nuit » peut être écouté dans la nuit. Mais quel serait selon toi le contexte idéal d’écoute de ce disque ?

MINA SANG Pochette Dans la nuit plateformesMon premier album « Dans la nuit » peut s'écouter dans le noir, si on est perdu, dans la rue, en voiture ou dans sa chambre. Si on est prêt pour l'aventure, un phénomène inattendu peut se produire : une porte magique peut s'ouvrir, et tout un cortège de bonnes âmes et de créatures apparaître pour nous éclairer et nous aider à vivre. Ce disque est un appel à réaliser ses rêves, fussent-ils simples et ordinaires ; à lâcher ses vieilles mues, à se métamorphoser pour avancer. On est toujours un peu plus vivant à chaque fois que se produit un miracle, c'est-à-dire à chaque fois que l'on parvient à être ce que l'on n'attendait pas nécessairement de nous.

La nuit est une métaphore de l'invisible, de ce qui ne se voit pas nécessairement avec les yeux mais qui peut se comprendre avec le cœur : le passé, le futur, le pouvoir, l'amour, les peurs et les chaînes qui nous entravent, les aspirations et les désirs. Mes chansons posent la question de l'intuition (voir dans le noir), de la transformation (de soi et du monde) et, finalement, du dévoilement (quand tout s'éclaire), quand toutes les petites étoiles de la vie nous livrent des secrets sans âge, nous amènent de bonnes rencontres ou nous indiquent des chemins plus faciles et plus joyeux. La dernière chanson éponyme « Dans la nuit » vient d'ailleurs clore l'album. Sur des basses techno, on enfourche un bolide, et on traverse cette « nuit » à toute vitesse, en emportant au passage ce qu'elle a à nous offrir !

4. Quel est ton morceau favori de « Dans la nuit » et pourquoi ?

« Capture ». Parce c'est la chanson qui vient du plus loin de mon enfance, de l'effroi que j'ai vécu et que j'ai aujourd'hui retourné en force. Enfant, j'ai pu voir le caractère ambivalent de l'amour maternel : doux et hostile ; réconfortant et terrifiant ; protecteur ou dévorant... On m'a aussi appris qu'aimer c'était s'occuper de quelqu'un, comme une mère. Où l'autre n'est jamais autre, mais qu'une prolongation de soi-même. Cette chanson pose donc une ligne de risque : celle de ne jamais pouvoir aimer vraiment, de ne jamais pouvoir « rencontrer » et découvrir l'autre en tant qu'autre – de rester à jamais seul(e). Le fait de poser ce risque conjure alors le sort jeté, et ouvre la possibilité, en tant que femme, de trouver au-delà du maternel sa propre façon d'aimer.

5. Comment composes-tu de tels tubes ?

Après m'être lancée dans la carrière musicale armée de mon radio-cassette et d'un synthé pour enfant, je me suis finalement convertie à la technologie : certes, je compose toutes mes chansons sur un piano, mais ensuite je les enregistre et les arrange avec un clavier et un ordinateur !

 

6. N’y a-t-il pas une incongruité entre la gravité de ton propos et la légèreté de ta musique ?

Oui, il semblerait que ma musique soit paradoxale, lumineuse et sombre, douce et tranchante à la fois. Dans les deux dernières années particulièrement, on n'a cessé d'exiger que nous nous taisions, que nous acceptions une nouvelle normalité sans broncher, et en plus il fallait le faire avec gravité et sérieux. J'ai choisi l'inverse : dire des vérités tout en restant joyeuse.

7. Quels musiciens t’inspirent ? (sachant qu'il arrive qu'on te compare à Mylène Farmer)

J'ai écouté beaucoup de musique anglo-saxonne comme Pj Harvey, Gang of Four ou Joy Division, mais aussi Gainsbourg, Barbara ou de la musique classique. Mais pour composer, j'écoute principalement le silence. Cela dit, je n'aurais jamais imaginé que je finirais par faire de la pop, et encore moins de la pop qui pourrait parfois faire penser à Mylène Farmer ! Mais j'en suis ravie.

8. Michaux, Brecht, Baudelaire, Rimbaud, Poe tes textes regorgent de références littéraires. Qu’as-tu lu de rafraîchissant ou de décapant récemment ?

MINA SANG Photo Dans la nuit MRPLe Manifeste conspirationniste. À lire absolument après ces deux années de délire pour comprendre le divorce entre ce que nous éprouvons du monde et la propagande régnante, et « comment sortir de cette petite ornière aux dimensions d'une civilisation » !

9. Pour qui vas-tu voter aux élections présidentielles ?

Comme dit un ami, il n'y a plus d'élections présidentielles, il n'y a plus que des nasses électorales. De toute façon, je suis belge, je ne peux pas voter.

10. Où va le monde selon toi ?

Vers une multiplicité éthique, une pluralité de mondes et de façons de vivre, et donc vers la fin des hégémonies. Avec moins d'hiérarchie, puisque plus on sait comment on veut vivre, moins on se fait balader. Cela peut sembler délirant vu l'époque que l'on vit, mais je suis très optimiste dans le fond sur les métamorphoses possibles, et surtout sur la capacité, souvent inattendue, à se libérer des jougs. Un monde aussi fou ne peut pas être très loin de sa chute.

11. Quelle est la prochaine étape après « Dans la nuit » ?

Deux nouveaux clips sur les titres « Dans les bras du monde » et « Dans la nuit », et ensuite, de nouveaux singles !

 

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